Comment vexer un Parisien ?

Je l’avais promis, le voici.

On sait maintenant vexer un provincial pur souche dont les parents sont cousins et qui est fan de la salle des fêtes du coin.

Voyons aujourd’hui, histoire de vraiment bien se fâcher avec tout le monde et d’être forcé à l’exil à Sainte Hélène, comment vexer un Parisien.

 

1/ Le traiter de bobo; pire de bobo parisien, pire de bobo parisien de St Germain des Prés / du Marais / de République.

2/ Lui faire remarquer qu’il vit à Nanterre et donc, n’est pas Parisien, en fait ?

3/ Lui dire qu’il est stressé. Si ce n’est pas le cas, le saouler jusqu’à ce que ça le stresse vraiment et lui dire « mais tu vois tu es stressé ! »

4/ Souligner que certes il vit à 15 minutes du Grand Palais, mais il n’a pas mis les pieds au Grand Palais depuis l’année où ils avaient installé un genre de cirque. 2004, donc.

5/ Lui donner le prix de votre maison de 24 pièces. C’est ce qu’il paye comme loyer pour son parking de scooter. Ce l’énervera surtout si vous lui demandez « Mais pourquoi tu viens pas vivre en Proviiiiince hein dis ? »

6/ Lui dire qu’il n’est pas Parisien, puisque sa mère est bretonne et qu’il a fait ses études à Nice.

 

 

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Comment vexer un Provincial en 6 leçons ?

S’il y a une chose que ce déménagement extra Parisien m’aura appris, c’est bien que l’ensemble de la pollution française est ultra susceptible lorsqu’il s’agit de son lieu d’habitation.

Voici en vrac quelques affirmations bien lourdingues ascendant clichés qui réussiront à vexer à coup sûr nos amis provinciaux.

 

1/ Les appeler « nos amis provinciaux », comme pour les belges. Ajouter « Mais on vous aime bien ! » avec un sourcil condescendant.

2/ Lui dire que ses parents sont cousins. C’est faux. Ils ont juste le même nom car c’est un nom courant dans la région.

3/ Lui demander si on peut le toucher parce que c’est la première fois qu’on en « voit un en vrai ».

4/ Lui demander où il a fait ses études. « Pas ICI quand même…?! »

5/ Ecouter poliment le récit de la dernière exposition de la Salle des Fêtes Turmtz avec un sourire condescendant genre « mais oui, mais oui, vous aussi vous avez accès à la culture. »

6/ Conclure par « après tout, vous n’êtes pas loin de Paris » avec un gros sous-entendu: comme ici rien ne se passe, au pire vous ferez l’aller retour pour là-bas !

 

A suivre: comment vexer un Parisien.

 

Départ de Paris ou grossesse: qu’est-ce qui ruinerait le plus votre carrière ?

Fondatrice du blog / association / livres etc Maman travaille, j’ai toujours pensé sincèrement que la pire annonce à faire pour ruiner une carrière était celle-ci:

« Coucou, je suis enceinte ! »

Je suis enceinte, surprise !

Je suis enceinte, surprise !

Bref, annoncer sa grossesse à son employeur.

Mais ça, c’était avant.

Avant de partir en PROVINCE ce mot qui fait super peur à mes contacts parisiens professionnels.

Déjà souvenez-vous, ma petite-Ville-de-Province ne les fait pas rêver.

Mais en plus, ils pensent réellement qu’on ne peut pas y travailler.

 

Mon travail prend plusieurs chemins différents, globalement j’organise des événements, conférences ou formations, j’y participe, j’anime des blogs, j’écris des articles et des livres.

 

Ma ville se trouve à 55 minutes de Paris, où je me rends une fois par semaine environ pour assurer des rendez-vous. Mon coeur de métier s’exerce partout, à Rennes, Lille, Nantes, Toulouse, Lyon… où j’ai des événements prévus bientôt.

 

Une des raisons de mon départ, c’est justement ce constat que je peux emmener un ordinateur portable et travailler de n’importe où, d’une maison de 6 pièces au calme ou d’un F3 avec vue sur le camion poubelle.

Sauf que bien sûr, tout le monde n’est pas de cet avis.

 

J’ai déjà senti des réticences, des « Oh mon Dieu mais comment vas-tu terminer ce livre depuis la PROVINCE ? » et même un »C’est dommage tu ne sentiras plus L’AIR DU TEMPS. » Ah bon.

Mais globalement, les gens restent polis et affables et personne n’a encore mis fin à un de mes contrats pour cause de province.

D’ailleurs, pendant un moment, j’ai même envisagé de ne pas en parler, de faire croire que je restais vivre en région parisienne. Pour ma deuxième grossesse, c’est ce que j’ai fait, j’ai travaillé tranquillement sans me justifier sur ma DPA ou mon nombre de semaines restantes. Parce que lors de ma première annonce « je suis enceinte » pour cette grossesse, un célèbre groupe de presse féminine avec qui je m’apprêtais à travailler en freelance a eu la délicatesse de me congédier « pour mon bien, parce que c’est fatigant d’être enceinte. »

 

Alors tu penses bien, partir en province, c’est rien ! Je peux leur dire tranquillement, que je vais à Petit-Ville-de-Province.

 

« Oui bonjour Madame X, Z m’a dit que vous cherchiez quelqu’un pour des articles sur le thème de Y, qui est pile mon domaine de compétence, j’ai déjà publié ci et ça et ci et ça.

Mail de Madame X: « Oui OK super, et tout, et tout, voici les conditions. »

Mail de moi: « OK bon alors superbement super par franchise je dois juste vous prévenir que j’habite à Petite-Ville-de-Province, néanmoins je me rends à Paris une fois par semaine, notamment pour des conférences de presse ou rendez-vous, et blabli, blabla. »

Mail de Madame X: « Je ne vois pas comment vous pourriez publier des articles sur des événements sans habiter à Paris. Désolée. »

Je me dis

1/ C’est du troisième degré ?

2/ Parce que quand on vit en région parisienne on se fade TOUS les événements ? -> Ceci est un mensonge <-

3/ Elle n’a pas lu le passage où je lui dis que je viens souvent à Paris, je ne vis pas en Laponie quand même !

 

Comme malgré tout je reste une diva-parisianno-snob, j’ai répondu ceci:

 

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« Mince alors, quel dommage qu’il n’existe pas de chemin de fer pour tracter ma calèche jusqu’à la capitale ! 😉

Bon courage pur votre recherche, et à bientôt, alors. »

 

Je vous laisse, je file chercher l’eau au puits !

L’accès au livre est-il pire en province qu’à Paris ?

Parisienne, il y a une idée reçue qui était fortement ancrée (encrée, haha) en moi: en Province, impossible de trouver un livre.

Pourtant, à Levallois/Paris, voici mon offre pléthorique:

 

Le coin librairie du Monop’ (avec Marc Lévy et un Guide du Routard se battant en duel)

La librairie de quartier récente mais fermée de 11h à 15h pour déjeuner, le samedi pour Shabbat, le dimanche pour la Messe, le mardi pour raison personnelle, et parfois à d’autres heures sans explication.

La FNAC des Ternes, à 10 minutes de marche + 15 minutes de bus

Et voilà.

 

A Petite-Ville-de-Province, vous imaginez ma joie de trouver:

 

Une immense librairie sur 3 étages à 15 minutes à pieds

Une FNAC en ville (à 15-20 minutes à pieds)

Plusieurs bouquinistes et librairies de livres anciens à environ 10 minutes de bus

Un libraire immense spécialiste des BD

Un rayon encore plus vaste à Monop’

Un vaste coin livres de collection au marché

Et trois-quatre indépendants

 

Moralité: oui, on lit en Province. Peut-être même plus qu’à Levallois où on riait toujours pour dire que les Levalloisiens ont lu deux livres cette année, un manuel de management et Info Levallois.

 

Idée reçue, idée reçue et demie.

C’est aussi amusant de constater que des livres n°1 des ventes à Paris font des flots retentissants en province, et vice-versa.

 

Je ne donnerai pas de nom. Mais les blagueuses par exemple, ici, tout le monde s’en fout.

 

 

La misère est-elle moins pénible en province ?

Je suis née à Paris, j’ai grandi partiellement en cités HLM et en province, je suis allée à l’école dans le 19ème puis dans le 8ème arrondissement de Paris, au collège en province, en ZEP puis au lycée dans le 16ème arrondissement. Adulte, j’ai vécu un petit peu en Corse, à Montparnasse, dans le 16ème arrondissement, puis à Levallois-Perret (92) pendant plus de 8 ans.

Donc quand je dis j’ai quitté Paris, je devrais dire j’ai quitté Levallois.

J’en avais conscience théoriquement, pour m’être déplacée, pour n’être pas née avec une cuiller d’argent dans la bouche, je le savais, que Levallois était un ghetto de riches, une prison dorée et caméra-isée dans laquelle nous vivions, heureux et riches, tous équipements inclus, avec un Lancel et un Swarovski en bas de chez moi, des parents qui demandent pendant la réunion de la cool si on peut confier un iPhone 5 à notre enfant (?) et des voyages organisés par la mairie qui ressemblent à ça:

Voyage shopping à Dubaï organisé par la Ville de Levallois

Voyage shopping à Dubaï organisé par la Ville de Levallois

 

Mais c’est en habitant à Petite-Ville-de-Province que l’expression « white trash » prend tout son sens.

 

Le type qui achète deux Leffes de 50 cl à Carrefour City à 9 heures du matin. Et qui les ouvre direct, en même temps.

Le magazine municipal qui t’explique comment te rendre à la Soupe Populaire.

La crèche qui te demande ton dernier avis de paiement de Pôle Emploi parce que ça va de soi, que tu es au chômage, comme tout le monde (?)

 

Du coup, je me pose la question: la misère est-elle moins pénible en province, comme le pensent tous les Parisiens ?

 

Oui=

On peut se loger. Avec le RSA à Paris tu ne peux même pas payer la sous-co-location d’un garage. Ici, tu peux louer un petit deux-pièces dans la ville.

Il y a plus de solidarité. A priori ce n’est pas un mythe. Il y a un couple de jeunes devant la librairie, ils font la manche, tout le monde leur dit bonjour comment ça va. Des gens sonnent aux portes pour demander des gâteaux. Des gens leur donnent.

Tout est moins cher. A Paris, un Coca au bar c’est 5 euros en moyenne. En province, dans ma ville en tout cas, le prix relevé tourne autour de 2 euros 50.

 

Non=

Sans permis, tu n’as accès à rien ou presque. A Paris, tu cherches un job dans ta ville voire ta région. Tu peux vivre à Joinville-le-Pont et aller travailler à La Défense, ça ne te paraît pas aberrant, tu prends le RER. A Petite-Ville-de-Province, si tu trouves un poste dans la Zone d’Activité, il faut t’accrocher pour prendre 2 bus plus 20 minutes de marche.

De même, les offres d’emploi sont réduites et moins nombreuses.

L’accès aux formations est moindre; parce que l’offre n’est pas énorme: il y a une Université, quelques lycées, mais difficile de se dire tiens, je vais passer un MBA et dans un an je trouve un super job à ma mesure.

 

Finalement, et quitte à conclure sur une lapalissade, la misère est pénible partout, mais différente en province. En chiffres, ça donne 9% de chômage sur l’ensemble du territoire, et jusqu’à 15% à Petite-Ville-de-Province. Et un revenu moyen inférieur de 12 000 euros par an et par ménages par rapport à Levallois…

En clair, à Levallois j’étais miséreuse, ici, je suis richissime. Tout serait question de perception ?

4 choses que je suis heureuse de ne plus faire depuis que j’ai quitté Paris

1/ Prendre le métro. Oui, malgré les « moments de grâce » de NKM, prendre le métro, descendre 1736544 marches parfois avec une poussette, et un enfant, et des sacs, courir avant la fermeture des portes, tomber sur LE joueur d’harmonica-acordéon qui massacre du Johnny Hallyday (déjà lui-même pas mal massacré…) ne me manque pas outre mesure.

2/ Entendre ma voisine néonazie du dessus tirer ses meubles TOUS les matins et TOUS les soirs.

3/ Aller au Parc d’en bas avec les enfants. Sans doute, dans quelques mois, le nouveau me saoulera-t-il autant, mais pour l’instant es enfants jouent dans la petite cour.

4/ Faire la queue 1h47 pour chaque chose: une visite au RSI, une mise à jour de dossier aux impôts, voire même l’achat d’une baguette pas trop cuite le dimanche matin !

« Je ne t’aurais jamais imaginée à Petite-Ville-de-Province. »

Quand j’explique aux gens que je déménage, que je quitte Paris, ils ont d’abord une réaction d’envie.

La plupart de mes contacts parisiens travaillent dans la « com' », dans l’édition, dans le journalisme.

Je les fais rêver. Ils pensent maison de campagne, volets bleus, grand jardin arboré.

Où ils imaginent une ville en bord de mer, des apéros entre amis au soleil couchant.

Ils en veulent plus. « Gimme more, gimme gimme more ! »

« Mais… tu pars où exactement ? »

Ils ont déjà des paillettes dans les yeux. Je peux presque voir la piscine à débordements se refléter dans leur regard.

Ils se passent en revue les réponses.

« New-York, Dubaï, Monaco, voire même les montagnes Suisses où je serais évadée fiscale ? »

Non.

 » Je pars vivre à Petite-Ville-de-Province.

– … Petite Ville de Province ? »

Ils sont déçus. Ils ont été arnaqués. Je vois la piscine se vider, le soleil se coucher définitivement, le jardin arboré se raser, la maison se muer en taudis. Je ne les fais pas rêver.

Je vais être une Provinciale.

 » Ah bon ? Bon. Je ne t’aurais jamais imaginer partir à… Petite-Ville-de-Province. »

Non, ils me voyaient avec des paillettes. Pas avec des rillettes.

Province ou série américaine ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué,  mais souvent, les Parisiens se font une idée de la province qui tient plus de la série américaine que de la vie à la française (et je me mets dans le lot). Si bien que parfois, on ne sait plus si ces coutumes sont des habitus provinciales ou des clichés de série télé américaine.

Par exemple:

  • Apporter un panier de muffins à ses voisins pour se présenter, quand on vient d’arriver dans le quartier
  • Recevoir son journal livré par un ado en vélo qui le lance sur la pelouse
  • Se parler à travers la petite palissade blanche du jardin
  • Organiser un barbecue géant avec tous les gens du quartier
  • Garder les colis du voisinage en son absence (et ne pas le voler)

Alors ?

panier de muffins

Boulot à Paris, Dodo en province… les « propas »

J’ai compris que le sujet Paris / province serait ma nouvelle marotte en rendant cet article au Courrier de l’Atlas.

Lorsque la rédaction en chef m’a demandé si j’avais des propositions à faire sur le thème de la crise économique pour leur numéro spécial, actuellement en kiosque, je n’ai pas pu m’arrêter d’écrire ! Finalement, c’est le thème de ce que j’appelle « Les propas » que j’ai développé: ces Parisiens du jour, provinciaux les soirs et week-end.

Voici un court extrait de mon article:

 » Aux Etats-Unis, on les appelait les « bridge and tunnelers ». Littéralement, « utilisateurs de pont et tunnel », en référence à leurs longs trajets quotidiens. Ce surnom péjoratif visait à qualifier les travailleurs pauvres de New York se logeant dans les états adjacents moins onéreux, quitte à passer 3 heures par jour dans les transports. Depuis, les hipsters leur a emprunté le pas et le surnom est tombé en désuétude. En France, ils seraient plusieurs dizaines de milliers dans ce cas. Parisiens la journée, provinciaux les soirs et week-ends…

Le Mans, Amiens, Tours, ces villes ont un point commun : elles sont à moins d’une heure de train de Paris. De quoi séduire les classes moyennes franciliennes, chassées de la capitale par une inflation immobilière exponentielle. Un « Très Grand Paris » qui se détermine non plus par l’éloignement spacial, mais temporel.  »

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J’y parle aussi des problèmes de TGV rencontrés sur les lignes Amiens, le train de Maintenon, les réclamations de Creil… à travers les rencontres de trois « propas », provinciaux qui travaillent à Paris, ou Parisiens qui dorment en Province.

Ma théorie ? On avance doucement vers un très, très Grand Paris.

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